Friday, 20 March 2026

Crossing the Floor: Serving the Party or Serving the People?/Changer de parti : servir le parti ou servir le peuple?

When an MP crosses the floor, the issue is not simply that they have changed parties. The real issue is whom they are serving: the party, the government and the promise of greater influence, or the people who elected them under a different banner.

That is why crossing the floor is never a small matter.

Nunavut MP Lori Idlout has left the NDP to join the Liberal caucus, bringing Prime Minister Mark Carney’s government to 170 seats, just short of a majority in the House of Commons. The NDP has long held that if an MP changes parties, that decision should be put back to voters.

I understand why an MP might make that choice. Politics is not easy. A person can reach the limits of what they believe they can accomplish inside a party. They may feel blocked. They may feel their constituents need results, not symbolism. They may conclude that, to help their people, they need to move closer to power.


For an Indigenous MP, that pressure can be even greater. Our communities do not send us to Ottawa simply to occupy a seat. They send us there to fight for housing, language, sovereignty, fairness and recognition in a system that has too often ignored them. The temptation to move closer to power in order to deliver something tangible is real.

I can believe Lori Idlout sincerely feels that way. After years in opposition, she may have concluded that she had reached the limit of her ability to influence politics for Nunavut. She may believe she needs to try something different.

But she also has a democratic obligation to return to her citizens and ask for their approval before carrying on under a different banner.

There is a difference between following your conscience and borrowing a mandate that was never given to you. Nunavummiut did not elect a Liberal MP. If Idlout now believes the Liberal government is the best vehicle for serving Nunavut, then she should have the courage to say so directly to her constituents and seek a new mandate.

That is the clean path. That is the honourable path.

Some will argue that voters chose the person, not just the party. There is truth in that. An MP is not a machine. We are sent to Ottawa to think, to judge and to follow our conscience.

But conscience does not erase accountability. It demands it.

This matters even more on Indigenous issues. Indigenous MPs are often elected because people believe they will challenge power, not simply join it. They are expected to speak hard truths on matters such as the Indian Act, child welfare, language rights, housing and the unequal treatment Indigenous peoples still face across Canada. Once inside government caucus, that freedom can narrow. Party discipline is real. The pressure to stay quiet, stay loyal and stay useful is real.

That is why Lori Idlout’s decision carries consequences beyond a change of party label. Bill S-2, which would amend the Indian Act on status, is currently before Parliament. Her future votes will now be watched closely. Indigenous peoples have seen too many governments promise change while managing dissent. We do not need Indigenous faces used to soften government policy. We need Indigenous voices prepared to defend their people, even when that is inconvenient.

There is also the larger political reality. With the Liberals now so close to a majority, every defection carries enormous consequence. This is not just a personal decision. It reshapes Parliament itself.

Lori Idlout may well be considered for a larger role, perhaps even a northern ministerial portfolio. But that possibility only sharpens the democratic issue. Will joining government strengthen Nunavut’s voice, or fold it into the machinery of party discipline?

In politics, we must always ask whether we are here to build a political party or to serve the people who sent us. Sometimes the answer is uncomfortable. Sometimes it requires sacrifice.

If Lori Idlout believes she made the right choice, then she should trust Nunavummiut enough to let them judge it.

That is what a sacred trust requires.


// Francais //


Changer de parti : servir le parti ou servir le peuple?

Lorsqu’un député change de parti, le véritable enjeu n’est pas simplement qu’il ait changé de bannière. La vraie question est de savoir qui il sert : le parti, le gouvernement et la promesse d’une plus grande influence, ou les gens qui l’ont élu sous une autre bannière.

C’est pourquoi changer de parti n’est jamais un geste anodin.

La députée du Nunavut, Lori Idlout, a quitté le NPD pour se joindre au caucus libéral, comme l'avait fait le député inuk Peter Ittinuar en 1982, ce qui porte le gouvernement du premier ministre Mark Carney à 170 sièges, tout juste sous le seuil de la majorité à la Chambre des communes. Le NPD soutient depuis longtemps que, lorsqu’un député change de parti, cette décision devrait être soumise de nouveau aux électeurs.

Je peux comprendre pourquoi un député ferait un tel choix. La politique n’est pas simple. On peut atteindre les limites de ce qu’on croit pouvoir accomplir à l’intérieur d’un parti. On peut se sentir bloqué. On peut croire que ses électeurs ont besoin de résultats, et non seulement de symboles. On peut en venir à la conclusion que, pour aider son peuple, il faut se rapprocher du pouvoir.

Pour un député autochtone, cette pression peut être encore plus grande. Nos communautés ne nous envoient pas à Ottawa simplement pour occuper un siège. Elles nous y envoient pour défendre le logement, les langues, la souveraineté, l’équité et la reconnaissance dans un système qui les a trop souvent ignorées. La tentation de se rapprocher du pouvoir afin d’obtenir des résultats concrets est bien réelle.

Je peux croire que Idlout le ressente sincèrement. Après des années dans l’opposition, elle a peut-être conclu qu’elle avait atteint la limite de ce qu’elle pouvait accomplir politiquement pour le Nunavut. Elle croit peut-être devoir essayer autre chose.

Mais elle a aussi l’obligation démocratique de retourner vers ses citoyens et de leur demander leur approbation avant de poursuivre son mandat sous une autre bannière.

Il y a une différence entre suivre sa conscience et emprunter un mandat qui ne vous a jamais été donné. Les Nunavummiut n’ont pas élu une députée libérale. Si Idlout croit maintenant que le gouvernement libéral est le meilleur véhicule pour servir le Nunavut, alors elle devrait avoir le courage de le dire franchement à ses électeurs et de solliciter un nouveau mandat.

C’est la voie la plus nette. C’est la voie la plus honorable.

Certains diront que les électeurs ont choisi la personne, pas seulement le parti. Il y a une part de vérité là-dedans. Un député n’est pas une machine. Nous sommes envoyés à Ottawa pour réfléchir, juger et suivre notre conscience.

Mais la conscience n’efface pas l’obligation de rendre des comptes. Au contraire, elle l’exige.

Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’enjeux autochtones. Les députés autochtones sont souvent élus parce que les gens croient qu’ils vont confronter le pouvoir, et non simplement s’y rallier. On s’attend à ce qu’ils disent des vérités difficiles sur des questions comme la Loi sur les Indiens, la protection de l’enfance, les droits linguistiques, le logement et les inégalités que subissent encore les peuples autochtones partout au Canada. Une fois à l’intérieur du caucus gouvernemental, cette liberté peut se rétrécir. La discipline de parti est réelle. La pression de rester discret, loyal et utile l’est aussi.

C’est pourquoi la décision de Idlout a des conséquences qui dépassent un simple changement d’étiquette politique. Le projet de loi S-2, qui modifierait la Loi sur les Indiens en matière de statut, est actuellement devant le Parlement. Ses prochains votes seront désormais observés de près. Les peuples autochtones ont déjà vu trop de gouvernements promettre le changement tout en gérant la dissidence. Nous n’avons pas besoin de visages autochtones utilisés pour adoucir les politiques gouvernementales. Nous avons besoin de voix autochtones prêtes à défendre leur peuple, même lorsque cela dérange.

Il y a aussi une réalité politique plus large. Alors que les libéraux sont désormais si près d’une majorité, chaque défection a des conséquences énormes. Ce n’est pas seulement une décision personnelle. Cela transforme le Parlement lui-même.

Lori Idlout sera peut-être appelée à jouer un rôle plus important, peut-être même à occuper un portefeuille ministériel lié au Nord. Mais cette possibilité rend la question démocratique encore plus pressante. Son entrée au gouvernement renforcera-t-elle la voix du Nunavut, ou l’intégrera-t-elle simplement à la machine de la discipline partisane?

En politique, nous devons toujours nous demander si nous sommes là pour bâtir un parti politique ou pour servir les gens qui nous ont envoyés. Parfois, la réponse est inconfortable. Parfois, elle exige un sacrifice.

Si Lori Idlout croit avoir pris la bonne décision, alors elle devrait faire assez confiance aux Nunavummiut pour les laisser en juger.

C’est cela, le sens d’une confiance sacrée.

 

Il y a la carotte.
Il y a la promesse d’une récompense.
Mais l’avenir appartient-il à toi,
ou à nous?


https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2238515/transfuge-lori-idlout-npd-plc-autochtones 

When “honest belief” becomes enough, Indigenous peoples lose twice/Quand la « croyance sincère » suffit, les peuples autochtones perdent deux fois

When “honest belief” becomes enough, Indigenous peoples lose twice

Across Canada, many non-Indigenous people are claiming an Indigenous identity they do not have. They get jobs, scholarships, credibility and authority from those claims. Now, this court ruling suggests that if they say they believed it sincerely, criticizing them can become very expensive.

The recent Saskatchewan defamation ruling in favour of University of Regina professor Michelle Coupal should concern First Nations and Métis peoples across Canada. On March 11, Justice Daryl E. Labach ruled that comments by University of Ottawa professor Darryl Leroux were defamatory and awarded Coupal $70,000 in damages. The judge found that Coupal “was not dishonest in her belief, and she was not a pretendian.” 

That may answer a question in defamation law. It does not answer the larger Indigenous question. Indigenous identity is not only about what a person believes in private. It is about kinship, community, accountability and recognition by a people. When courts focus narrowly on whether someone acted in subjective good faith, they risk missing the deeper harm done when institutions elevate contested identity claims into positions of authority. 


I have met Darryl Leroux at the University of Ottawa. He is doing work that many others have refused to do. For years, he has examined weak, inflated and false claims to Indigenous identity by people in public life. That work matters because there can be real material benefit attached to such claims: jobs, scholarships, grants, public credibility, publishing opportunities and academic prestige. This is why so many Indigenous people are paying attention. The issue is not abstract. It is about who gets access to limited space and who is pushed aside. 

This is why the Coupal case matters so much. Coupal held a powerful public role and biographies identified her as “Bonnechere Algonquin First Nation,” including on the University of Manitoba Press website, which described her as Canada Research Chair in Truth, Reconciliation, and Indigenous Literatures and Associate Professor at the University of Regina. That kind of biography signals to readers, students and institutions that an Indigenous people stands behind the claim. 

But the foundation under that public identity became seriously contested. As reported in coverage of the case, the dispute turned in part on ancestry linked to Thomas Lagarde. In 2023, the Algonquins of Ontario tribunal removed Lagarde from the organization’s ancestor list after concluding there was no reliable evidence he was Algonquin. The Algonquins of Ontario is itself contested in the broader struggle over Algonquin identity, recognition and authority.

This ruling is so unsettling. Someone could say they believed they were Indigenous, or thought they might be, and still occupy a position that could have gone to an Indigenous person whose identity is rooted in family, nation and community recognition. The legal finding may be that the claimant acted “sincerely.” The public consequence is that the benefit was still received, the authority was still exercised, and the space was still occupied. Indigenous peoples are left to deal with the consequences. 

There is also a painful irony here. This was not a chair in geology or English grammar. It was a chair in Truth, Reconciliation, and Indigenous Literatures. Truth should matter here. Honour should matter here. In my view, if the claim that supported that authority is now so deeply compromised, resignation should be seriously considered. Not because the court found fraud; it did not. But because leadership in Indigenous academic spaces demands more than private sincerity. It demands public trust and accountability. 

Justice Labach was appointed as a judge in 2015 by the federal Conservative government, under then justice minister Peter MacKay. That fact does not prove why he ruled as he did. But this ruling has a broader effect: it weakens First Nations and Métis peoples across Canada by making scrutiny of contested identity claims more legally dangerous, and by signalling that sincere personal belief may carry more weight than nation-based recognition. 

First Nations and Métis peoples should be very concerned. They should also become actively involved in the next round of this case. Leroux’s lawyer has said he intends to appeal. If that happens, Indigenous interveners should be there. This should not be left only to judges, lawyers and universities. Indigenous peoples have a direct interest in how Canadian law treats identity, community harm and public criticism. 

If “honest belief” is enough, then Indigenous peoples lose twice: first when space is taken, and again when speaking about that loss becomes financially dangerous. 


//Francais//


Quand la « croyance sincère » suffit, les peuples autochtones perdent deux fois

 

Le récent jugement en diffamation rendu en Saskatchewan en faveur de la professeure de l’Université de Regina, Michelle Coupal, devrait inquiéter les Premières Nations et les Métis partout au Canada. Le 11 mars, le juge Daryl E. Labach a conclu que les propos du professeur de l’Université d’Ottawa Darryl Leroux étaient diffamatoires et a accordé à Michelle Coupal 70 000 $ en dommages. Le juge a estimé que Michelle Coupal « n’était pas malhonnête dans sa croyance et qu’elle n’était pas une “pretendian”. »

 

Cela répond peut-être à une question de droit. Mais cela ne répond pas à la vraie question autochtone. L’identité autochtone ne dépend pas seulement de ce qu’une personne croit en privé. Elle repose sur la famille, la communauté, la responsabilité et la reconnaissance par un peuple. Si les tribunaux regardent seulement la sincérité d’une personne, ils risquent de manquer l’essentiel : le tort causé quand des institutions donnent du pouvoir à une identité contestée.

 

J’ai rencontré Darryl Leroux à l’Université d’Ottawa. Il fait un travail que bien d’autres ont refusé de faire. Depuis des années, il examine des revendications faibles, exagérées ou fausses à l’identité autochtone chez des gens en vue dans la vie publique. Ce travail compte, parce qu’une telle identité peut donner accès à de vrais avantages : des emplois, des bourses, des subventions, de la crédibilité, la politique, des publications et du prestige universitaire. Voilà pourquoi tant d’Autochtones suivent cette affaire de près. L’enjeu est simple : qui a accès à des places limitées, et qui est laissé de côté?

 

C’est pourquoi l’affaire Coupal est si importante. Michelle Coupal occupait un poste important, et plusieurs biographies la présentaient comme membre de la « Bonnechere Algonquin First Nation », y compris sur le site des Presses de l’Université du Manitoba. Ce n’est pas une simple réflexion privée sur l’histoire familiale. C’est une affirmation publique. Cela envoie le message aux lecteurs, aux étudiants et aux institutions qu’un peuple autochtone reconnaît cette identité.

 

Mais la base de cette identité publique a ensuite été fortement contestée. Comme l’ont rapporté les médias, le litige portait en partie sur une ascendance liée à Thomas Lagarde. En 2023, le tribunal des Algonquins of Ontario a retiré Lagarde de la liste des ancêtres de l’organisation après avoir conclu qu’il n’existait aucune preuve fiable qu’il était algonquin. Les Algonquins of Ontario eux-mêmes sont contestés dans le débat plus large sur l’identité, la reconnaissance et l’autorité algonquines.

 

C’est ce qui rend ce jugement si troublant. Une personne pourrait dire qu’elle croyait être autochtone, ou qu’elle pensait l’être, et quand même occuper un poste qui aurait pu revenir à une véritable personne autochtone, reconnue par sa famille, sa nation et sa communauté. Sur le plan juridique, on dira peut-être que cette personne était « sincère. » Mais dans la réalité, l’avantage a quand même été obtenu, le poste a quand même été occupé, et l’espace a quand même été pris. Ce sont ensuite les peuples autochtones qui doivent vivre avec les conséquences.

 

Il y a aussi une ironie douloureuse. Il ne s’agissait pas d’une chaire en géologie ou en grammaire anglaise. Il s’agissait d’une chaire en vérité, réconciliation et littératures autochtones. La vérité devrait compter ici. L’honneur devrait compter ici. À mon avis, si la revendication qui soutenait cette autorité est aujourd’hui aussi fragilisée, la démission devrait être sérieusement envisagée. Non pas parce que le tribunal a conclu à une fraude — ce n’est pas le cas. Mais parce qu’occuper un rôle de leadership dans les espaces universitaires autochtones demande plus qu’une sincérité privée. Cela demande la confiance du public et une véritable responsabilité.

 

Le juge Labach a été nommé en 2015 par le gouvernement conservateur fédéral, sous le ministre de la Justice de l’époque, Peter MacKay. Cela ne prouve pas pourquoi il a rendu cette décision. Mais ce jugement a un effet beaucoup plus large. Il affaiblit les Premières Nations et les Métis partout au Canada en rendant la critique de revendications identitaires contestées plus dangereuse sur le plan juridique. Il laisse aussi entendre qu’une croyance personnelle sincère peut compter davantage que la reconnaissance par une nation.

 

Les Premières Nations et les Métis devraient être très inquiets. Ils devraient aussi s’impliquer dans la suite de cette affaire. L’avocat de Darryl Leroux a dit qu’il comptait porter la cause en appel. Si cela arrive, des intervenants autochtones devraient être présents. Cette affaire ne devrait pas être laissée seulement aux juges, aux avocats et aux universités. Les peuples autochtones ont un intérêt direct dans la façon dont le droit canadien traite l’identité, le tort causé aux communautés et la critique publique.

 

Si la « croyance sincère » suffit, alors les peuples autochtones perdent deux fois : d’abord quand l’espace leur est pris, puis quand le fait de dénoncer cette perte devient financièrement dangereux.

 

Un juge mennonite, deux voix francophones,
Ni Métis, ni Premières Nations pour dire la vérité.
On parle de nos peuples sans nous, encore,
Et nos enfants porteront longtemps ce tort.

Friday, 5 December 2025

Mettre fin à la discrimination dans la transmission du statut: une responsabilité qui dépasse une seule minister

Je réfléchis depuis longtemps à cette question qui revient sans cesse dans les rassemblements des Premières Nations. Comment mettre fin à la discrimination dans la transmission du statut d’Indien d’une génération à l’autre. Cette question a occupé un panel devant les chefs réunis à Ottawa cette semaine. Le projet de loi S-2 avance au Sénat et, pour la première fois depuis des décennies, il semble enfin possible d’éliminer la règle de la deuxième génération. Pourtant, au cœur de ce débat se trouve une figure qui me touche profondément, la ministre Mandy Gull-Masty.


 

Je le dis sans détour. Je la plains. Non pas par condescendance, mais parce qu’elle a accepté un rôle que jamais une personne autochtone ne devrait porter seule. Elle est devenue, malgré elle, l’agente indienne moderne. Elle est devenue celle qui doit défendre un système conçu pour réduire notre nombre. Elle est devenue la voix publique d’une loi qui ne sert pas les intérêts de nos peuples, mais ceux du gouvernement du Canada.

 

Quand Justin Trudeau est arrivé au pouvoir en 2015, plusieurs se demandaient pourquoi aucun député autochtone n’avait été nommé ministre des Affaires indiennes. Après avoir moi-même servi comme député, je comprends mieux. Une fois à l’intérieur du gouvernement, vous passez vos journées à tenter d’équilibrer trop de responsabilités contradictoires. Vous devez appuyer le premier ministre et la ligne gouvernementale. Ensuite, vous devez essayer de répondre aux attentes de votre peuple. Vous portez vos convictions personnelles, vos rêves pour les générations futures, vos obligations envers les ancêtres. Vous essayez de ne blesser personne et vous finissez par vous blesser vous-même.

 

Lorsque j’étais au caucus national, j’ai pris la parole pour dénoncer la règle de la deuxième génération lors d’un débat similaire sur la Loi sur les Indiens dans le cadre du projet de loi S-3 en 2018. On m’a accordé 90 secondes pour expliquer pourquoi cette discrimination détruit nos communautés. Deux ministres se sont ensuite levés pour contredire mes propos et ont parlé pendant 10 minutes. Je me souviens de leur malaise. Je me souviens aussi de mes collègues qui ne comprenaient pas pourquoi deux ministres adoptaient une position si dure. C’était pourtant clair. C’était la position du gouvernement. Ils savaient ce qu’ils faisaient. Ils savaient que le gouvernement protégeait un système qui garde nos peuples divisés et réduit notre nombre à chaque génération. Ils savaient qu’en freinant ces changements, ils refusaient à des enfants le droit de rester dans leur propre communauté.

 

La Loi sur les Indiens sert toujours les intérêts du gouvernement. Elle organise la disparition lente et administrative des Premières Nations. Sharon McIvor, militante infatigable, l’a rappelé cette semaine. Elle affirme que la loi est un document d’extinction. Si la règle demeure, plusieurs communautés n’auront plus aucun membre inscrit. Sans statut, nous perdons nos droits, et nos terres reviennent à la Couronne.

 

Dans ce contexte, Mandy Gull-Masty défend une position prudente. Elle affirme vouloir un chemin différent. Elle souligne que les outils nécessaires pour accompagner les communautés ne sont pas définis. Elle rappelle que les Premières Nations ne sont pas toutes identiques. Tout cela est vrai. Mais cela ne répond pas à la question essentielle. Devons-nous mettre fin à la discrimination maintenant ou poursuivre encore des consultations qui durent depuis des générations.

 

Je crois que si la ministre est crie, alors elle doit être une guerrière. Elle doit lever le poing et être prête à quitter son poste si le gouvernement refuse de reconnaître les droits fondamentaux des enfants de nos nations. Quand elle quittera la politique pour de bon, ce ne sera pas son titre ministériel qui comptera. Ce sera sa capacité à dire qu’elle a accompli quelque chose de valeur pour les générations à venir.

 

Je dis la même chose au député Jaime Battiste. Lui aussi doit écouter les esprits de ses ancêtres. La politique tente souvent de nous convaincre de jouer un long jeu. Mais le long jeu dans la Loi sur les Indiens est simple. Si nous attendons trop longtemps, il ne restera plus personne à protéger.

 

Aujourd’hui, le Sénat propose enfin d’abolir la règle de la deuxième génération. Le projet de loi passera ensuite à la Chambre des communes. Pour une fois, le chemin est clair. Fierté ou honte. Action ou immobilisme.

 

Il est temps que nos représentants aient le courage d’affirmer que le statut ne doit plus être un outil de division. Il doit être le reflet de notre lien vivant avec nos territoires. La ministre doit agir. Les députés doivent agir. Et nous devons rappeler au gouvernement que nos enfants ne sont pas négociables.

 

Quand le soleil se lève, nous offrons nos prières,
Le cœur du guerrier se tient toujours prêt,
Le courage toujours prêt,
Prêt à rencontrer les ancêtres.


https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2135633/droit-naissance-premieres-nations-citoyennete

https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2110788/c-38-reforme-loi-indiens

Ending Discrimination in the Transmission of Status: A Responsibility Larger than Any One Minister

I have been thinking for a long time about a question that comes up again and again in gatherings of First Nations. How do we end discrimination in the transmission of Indian status from one generation to the next. This question dominated a panel before the assembled chiefs in Ottawa this week. Bill S-2 is moving through the Senate, and for the first time in decades, it finally seems possible to eliminate the second generation cut off. And yet, at the heart of this debate stands a figure who touches me deeply, Minister Mandy Gull Masty.



I say it plainly. I feel sorry for her. Not out of condescension, but because she accepted a role that no Indigenous person should ever have to carry alone. She has become, despite herself, the modern Indian agent. She has become the person who must defend a system designed to reduce our numbers. She has become the public voice of a law that does not serve the interests of our peoples, but those of the Government of Canada.

When Justin Trudeau came to power in 2015, many wondered why no Indigenous MP was appointed Minister of Indian Affairs. After serving as an MP myself, I understand better. Once inside government asa Minister, you spend your days trying to balance too many contradictory responsibilities. You must first support the prime minister and the government line. Then you must try to meet the expectations of your people. You carry your personal convictions, your dreams for future generations, your obligations to the ancestors. You try not to hurt anyone and you end up hurting yourself.

When I was in national caucus, I spoke out against the second generation cut off during a similar debate on the Indian Act under Bill S-3 in 2018. I was given ninety seconds to explain why this discrimination destroys our communities. Two ministers then stood up to contradict me and spoke for ten minutes. I remember their discomfort. I also remember my colleagues, who did not understand why two ministers would take such a hard line. Yet it was obvious. It was the government’s position. They knew exactly what they were doing. They knew that the government was protecting a system that keeps our peoples divided and reduces our number with every generation. They knew that by slowing these changes they were denying children the right to remain in their own community.

The Indian Act still serves the interests of the government. It structures the slow, administrative disappearance of First Nations. Sharon McIvor, an indefatigable activist, reminded everyone of this again this week. She argues that the Act is a document of extinction. If the rule remains, many communities will eventually have no registered members at all. Without status, we lose our rights, and our lands revert to the Crown.

In this context, Mandy Gull Masty defends a cautious position. She says she wants a different path. She notes that the tools needed to support communities are not defined. She reminds us that First Nations are not all the same. All of this is true. But it does not answer the essential question. Do we end discrimination now, or do we continue consultations that have lasted for generations.

I believe that if the minister is Cree, then she must be a warrior. She must raise her fist and be prepared to leave her position if the government refuses to recognize the fundamental rights of the children of our nations. When she leaves politics for good, it will not be her ministerial title that matters. It will be whether she can say that she accomplished something of value for those who will come after.

I say the same to MP Jaime Battiste. He too must listen to the spirits of his ancestors. Politics often convinces us to play the long game. But the long game in the Indian Act is simple. If we wait too long, there will be no one left to protect.

Today, the Senate is finally proposing to abolish the second generation cut off. The bill will then move to the House of Commons. For once, the path is clear. Pride or shame. Action or stagnation.

It is time for our representatives to have the courage to say that status must no longer be used as a tool of division. It must be the reflection of our living connection to our lands. The minister must act. MPs must act. And we must remind the government that our children are not negotiable.

When the sun rises, we offer our prayers,
The heart of the warrior is always ready,
Courage always ready,
Ready to meet the ancestors.

 

Thursday, 9 October 2025

The Drumbeat of War

Hear the drumbeats. You can hear them in the cadence and the catchphrases of America’s new “War Department.” War, war, war. In a blunt address to U.S. generals and admirals at Quantico on September 30, Secretary of War, Pete Hegseth declared the “era of the Department of Defense is over,” promising a force singularly focused on lethality and “peace through strength.” He derided “woke garbage,” vowed “no more beardos,” and said combat jobs would return to “the highest male standard only.” The tone was triumphalist, the message unmistakable: prepare for war.  


 

That speech landed just days after Hegseth refused to rescind Medals of Honor given to U.S. soldiers for their role in the 1890 Wounded Knee massacre, where more than 250 Lakota, mostly women and children were slaughtered. “Under my direction, the soldiers who fought at the Battle of Wounded Knee will keep their medals… This decision is final,” he announced. Native leaders called the move a fresh wound; South Dakota outlets and national wires documented the outrage from the Oglala Sioux Tribe and others. It’s a decision that reveals a mindset, not only about history, but about the future.  

 

As a Canadian, a veteran and a former Member of Parliament, I hear those drumbeats with unease. Language matters. So do symbols. Medals are supposed to mark extraordinary courage in the service of life amid the horror of war. Awarding and now pointedly protecting honours tied to the killing of unarmed women and children is not a neutral act. It is a declaration about whose lives are grievable and whose are expendable. When the United States’ senior war-maker shrugs at that moral line, allies should pay attention.

 

The historical record is not murky. Wounded Knee happened on December 29, 1890. More than 250 Lakota were killed; 19 Medals of Honor were awarded specifically for actions at Wounded Knee (31 across the campaign). Even the U.S. Congress, in 1990, passed a resolution expressing “deep regret.” Across decades, Indigenous nations and legislators have pressed to “remove the stain.” The latest push in South Dakota’s legislature and on Capitol Hill, preceded Hegseth’s rejection. That refusal, now paired with a culture-war speech to the brass, is why the world should be nervous.  

 

We’ve seen this pattern before in smaller ways: cleanse the language, harden the posture, and redraw the circle of belonging. The Quantico speech was not only about ships, budgets, or munitions. It was about culture. When a government rebrands “defence” as “war,” narrows who is fit to serve and relaxes oversight mechanisms it calls “weaponized,” it is building an institution that tolerates more harm at home and abroad. The secretary promised to loosen rules of engagement “untie the hands of our warfighters” and to prize “maximum lethality.” That should make democracies everywhere pause. Lethality is sometimes necessary; celebrating it is something else.  


 

Canadians have long lived beside a superpower that oscillates between restraint and righteous force. We are a middling country, yes, but we have tried to be a principled one. Our security is bound to our neighbour’s choices. If our neighbour respects human rights, we are safer. If our neighbour recasts history’s atrocities as valour and promises “overwhelming and punishing violence,” we will feel the shockwaves in NATO councils, in NORAD, in global law and on Main Streets from Winnipeg to Whitehorse.  

 

Democracy is in retreat worldwide. At such a moment, leadership is tested not only by how it fights but by what it honours. Rescinding those Medals of Honor would not erase history; it would finally name it. It would align American power with American principles, the same principles that inspired the 1990 congressional regret and decades of advocacy by Lakota families who still gather each December to remember their dead. 

You can hear the drums. But we are not required to march in step. Let us not repeat the savagery of the last century, nor salt the earth for our children. Peace, if it is to mean anything, must be law before force, memory before myth, and human dignity before medals.

Au rythme du tambour de guerre

Entendez les tambours. On les entend dans le rythme et les slogans du nouveau « ministère de la Guerre » américain. Guerre, guerre, guerre. Dans un discours sans détour prononcé devant les généraux et amiraux américains à Quantico le 30 septembre, le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a déclaré que « l’ère du Département de la Défense est terminée », promettant une armée entièrement tournée vers la létalité et la « paix par la force ». Il a raillé les « âneries woke », juré qu’il n’y aurait « plus de barbus » et affirmé que les postes de combat reviendraient aux « normes masculines les plus élevées ». Le ton était triomphaliste, le message clair : préparez-vous à la guerre.


Ce discours est survenu quelques jours à peine après qu’Hegseth eut refusé de retirer les médailles d’honneur décernées à des soldats américains pour leur rôle dans le massacre de Wounded Knee en 1890, où plus de 250 Lakotas, pour la plupart des femmes et des enfants, furent exterminés. « Sous ma direction, les soldats qui ont combattu à la bataille de Wounded Knee conserveront leurs médailles… Cette décision est finale », il a annoncé. Les dirigeants autochtones ont qualifié ce geste de nouvelle blessure ; les médias du Dakota du Sud et les grandes agences nationales ont relayé l’indignation de la tribu Oglala Sioux et d’autres nations. Cette décision révèle un état d’esprit, non seulement à propos du passé, mais aussi de l’avenir.

En tant que Canadien, vétéran et ancien député, j’entends ces tambours avec inquiétude. Les mots comptent. Les symboles aussi. Les médailles sont censées souligner un courage extraordinaire au service de la vie au milieu de l’horreur de la guerre. Décerner et désormais protéger délibérément des honneurs associés au meurtre de femmes et d’enfants désarmés n’est pas un acte neutre. C’est une déclaration sur les vies qui méritent d’être pleurées et celles qui peuvent être sacrifiées. Lorsque le plus haut responsable militaire des États-Unis franchit sans remords cette ligne morale, les alliés devraient y prêter attention.

Les faits historiques, eux, ne sont pas ambigus. Wounded Knee a eu lieu le 29 décembre 1890. Plus de 250 Lakotas ont été tués ; 19 médailles d’honneur ont été décernées spécifiquement pour des actions à Wounded Knee (31 pour l’ensemble de la campagne). Même le Congrès américain, en 1990, a adopté une résolution exprimant ses « profonds regrets ». Depuis des décennies, des nations autochtones et des parlementaires réclament de « retirer la tache ». La dernière initiative, aux législatures du Dakota du Sud et à Washington, a précédé le refus d’Hegseth. Ce refus, désormais accompagné d’un discours de guerre culturelle adressé aux hauts gradés, est la raison pour laquelle le monde devrait s’inquiéter.

Nous avons déjà vu ce scénario, à plus petite échelle : purifier le langage, durcir la posture et redéfinir qui appartient au cercle. Le discours de Quantico ne portait pas seulement sur les navires, les budgets ou les munitions ; il portait sur la culture. Lorsqu’un gouvernement rebaptise la « défense » en « guerre », restreint qui est jugé apte à servir et affaiblit les mécanismes de contrôle qu’il qualifie d’« instrumentalisés », il construit une institution prête à tolérer davantage de violence, ici comme ailleurs. Le secrétaire a promis d’assouplir les règles d’engagement « délier les mains de nos combattants »  et d’exalter la « létalité maximale ». Les démocraties devraient y réfléchir sérieusement. La létalité est parfois nécessaire ; la glorifier en est une autre.


Les Canadiens vivent depuis toujours à côté d’une superpuissance oscillant entre retenue et force justicière. Nous sommes un pays moyen, certes, mais nous avons cherché à être un pays de principes. Notre sécurité dépend des choix de notre voisin. Si ce voisin respecte les droits humains, nous sommes plus en sécurité. S’il transforme les atrocités de l’histoire en actes de bravoure et promet une « violence écrasante et punitive », nous en sentirons les secousses dans les conseils de l’OTAN, au NORAD, dans le droit international et jusque sur nos rues principales, de Winnipeg à Whitehorse.

La démocratie recule partout dans le monde. En pareil moment, le leadership se mesure non seulement à la manière de combattre, mais aussi à ce que l’on choisit d’honorer. Retirer ces médailles d’honneur ne réécrirait pas l’histoire ; cela la nommerait enfin. Cela alignerait la puissance américaine sur ses propres principes, ceux-là mêmes qui inspirèrent les regrets du Congrès en 1990 et des décennies de militance des familles lakotas, qui se réunissent encore chaque décembre pour se souvenir de leurs morts.

On peut entendre les tambours. Mais nous ne sommes pas obligés d’en suivre le rythme. Ne répétons pas la sauvagerie du siècle dernier et la deuxième guerre mondiale, ne semons pas de sel sur la terre destinée à nos enfants. Si la paix doit signifier quelque chose, qu’elle soit la primauté du droit sur la force, de la mémoire sur le mythe et de la dignité humaine sur les médailles.

Ils ont commencé le battement hypnotique,
          le tambour résonne dans le ventre du monde.
                          Le peuple peut-il résister ?
                                            La terre entière marchera-t-elle vers la guerre ?

 

Tuesday, 30 September 2025

Confronting Denial: The Truth About Residential Schools

When Frances Widdowson, a former professor at Mount Royal University, recently spoke at the University of Manitoba and the University of Winnipeg, she brought with her a familiar message: doubt. She questioned the graves of Indigenous children found across the sites of residential schools in Canada, reviving a narrative of denial that has become louder in some circles.

Widdowson, dismissed from her former post for controversial views on Indigenous issues, has written extensively about what she calls the “Aboriginal industry.” She frames the story of Indigenous suffering as inflated, the voices of survivors as suspect. To some, she represents academic freedom. To others, she is a voice determined to minimize truth.


Truth from Lived Experience

Last week, my own commanding officer at my military unit the Fort Garry Horse, where I serve as an officer, chaplain and Indigenous Knowledge Keeper, organized an evening of reflection for the National Day for Truth and Reconciliation. I spoke that night about my family’s experience.

My father and grandmother both attended residential schools in Saskatchewan. Their lives were profoundly shaped by those institutions. The harm was not abstract; it was lived, felt, carried into the next generations. It made me homeless a young child, my mother called it “camping.”

As a Member of Parliament in 2015, I was present when the Truth and Reconciliation Commission released its final report. We learned then what many already knew: at least 4,000 children died in residential schools. Their names were recorded, their deaths documented. Many were buried in unmarked graves on school grounds. The federal government knew these children were dying at far higher rates than other Canadian children. Officials tracked this information. And then, for decades, they hid it.

Facing the Facts

Those who say “show me the bodies” ignore the record. We already have thousands of names. We already know that children died, were buried and were never returned home. Behind every number was a child with a mother, a father, siblings, and extended family. These children were loved. They were wanted. They were taken.

It is easier, perhaps, for some to deny than to confront the complicity of government and churches in crimes that stretch across generations. Some cling to the belief that their faith institutions could not possibly have sanctioned such harm. But denial does not erase truth. And refusing to face it dishonours not only the children but also the survivors who have carried their stories forward.

Beyond the Past

We tell ourselves these tragedies belong to “old Canada,” that such things could never happen again. Yet today, Indigenous children across Canada are still taken into the care of the state at rates far, far higher than other children. Child welfare has become the new residential school system, the removing of children from their families, culture and communities under the guise of protection.

This is not only a Canadian story. Around the world, Indigenous children remain targets of state power. In Greenland, in Tibet, among Uyghur communities in China, governments continue to erase cultures by severing children from their roots.

The Role of Debate

Should Widdowson be banned from speaking? I believe not. Silencing her will not silence denial. Instead, we must debate her and others like her, confronting them with facts, with lived truth, with the voices of survivors and families who still mourn.

When denialists speak, it is not only history they distort but the humanity of the children who never came home. Confronting that denial is not just about setting the record straight, it is about ensuring those children are not erased a second time.

A Call to Remember

On September 25, as I spoke about my family, I thought of those 4,000 children whose lives were cut short. They cannot speak for themselves. We, the living, must speak for them. We owe them truth.

The history of residential schools is not up for debate. What remains in question is whether we have the courage to carry that truth forward and ensure no more Indigenous children are lost to systems that continue to refuse to see their worth.


https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2195920/pensionnats-autochtones-deni-verite-negation 

 

Affronter le déni : la vérité sur les pensionnats autochtone

Quand Frances Widdowson, ancienne professeure à l’Université Mount Royal, est venue récemment à l’Université du Manitoba et à l’Université de Winnipeg, elle a apporté avec elle un message familier : le doute. Elle a remis en question les tombes d’enfants autochtones retrouvées sur les sites des pensionnats au Canada et a ravivé un récit de déni qui prend de plus en plus de place dans certains milieux.

 

Widdowson, congédiée de son ancien poste pour ses positions controversées sur les questions autochtones, a beaucoup écrit sur ce qu’elle appelle « l’industrie autochtone ». Elle présente l’histoire de la souffrance des peuples autochtones comme exagérée et considère les voix des survivants comme suspectes. Pour certains, elle incarne la liberté académique. Pour d’autres, elle est une voix déterminée à minimiser la vérité.

 


Une vérité vécue

 

La semaine dernière, mon commandant de l’unité militaire Fort Garry Horse, où je sers comme officier, aumônier et gardien du savoir autochtone, a organisé une soirée de réflexion pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Ce soir-là, j’ai parlé de l’expérience de ma famille.

 

Mon père et ma grand-mère ont tous deux fréquenté les pensionnats en Saskatchewan. Leurs vies ont été profondément marquées par ces institutions. Le mal n’était pas abstrait, il était vécu, ressenti et transmis aux générations suivantes. Cela m’a laissé sans-abri lorsque j’étais enfant et ma mère appelait cela « faire du camping ».

 

Comme député en 2015, j’étais présent lors de la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation. Nous avons appris alors ce que beaucoup savaient déjà, qu’au moins 4 000 enfants étaient morts dans les pensionnats. Leurs noms ont été consignés et leurs décès documentés. Beaucoup ont été enterrés dans des tombes anonymes sur les terrains des écoles. Le gouvernement fédéral savait que ces enfants mouraient à des taux bien plus élevés que les autres enfants canadiens. Les fonctionnaires ont suivi cette information et ensuite, pendant des décennies, ils l’ont cachée.

 

Faire face aux faits

 

Ceux qui disent « montrez-moi les corps » ignorent les archives. Nous avons déjà des milliers de noms. Nous savons déjà que des enfants sont morts, qu’ils ont été enterrés et qu’ils ne sont jamais rentrés chez eux. Derrière chaque chiffre se trouvait un enfant avec une mère et un père et des frères et sœurs et une famille élargie. Ces enfants étaient aimés. Ils étaient désirés. Ils ont été arrachés.

 

Il est plus facile pour certains de nier que de confronter la complicité du gouvernement et des Églises dans des crimes qui s’étendent sur des générations. Certains s’accrochent à la croyance que leurs institutions religieuses n’auraient jamais pu permettre un tel mal. Mais le déni n’efface pas la vérité. Et refuser de l’affronter déshonore non seulement les enfants mais aussi les survivants qui ont porté leurs récits jusqu’à nous.

 

Au-delà du passé

 

Nous nous disons que ces tragédies appartiennent au « vieux Canada » et qu’une telle chose ne pourrait plus jamais se reproduire. Pourtant aujourd’hui, des enfants autochtones partout au Canada sont encore placés sous la tutelle de l’État à des taux bien, bien plus élevés que les autres enfants. La protection de l’enfance est devenue le nouveau système de pensionnats, en retirant les enfants de leurs familles et de leur culture et de leurs communautés sous prétexte de protection.

 

Ce n’est pas seulement une histoire canadienne. Partout dans le monde, les enfants autochtones demeurent la cible des pouvoirs étatiques. Au Groenland et au Tibet et parmi les communautés ouïghoures en Chine, les gouvernements continuent d’effacer des cultures en arrachant les enfants à leurs racines.

 

Le rôle du débat

 

Faut-il interdire à Widdowson de parler? Je ne le crois pas. La réduire au silence ne réduira pas le déni au silence. Nous devons plutôt la confronter, elle et d’autres comme elle, avec des faits et des vérités vécues et avec les voix des survivants et des familles qui pleurent encore.

 

Quand les négationnistes parlent, ce n’est pas seulement l’histoire qu’ils déforment mais l’humanité des enfants qui ne sont jamais revenus chez eux. Affronter ce déni ne consiste pas seulement à rétablir les faits, cela consiste à veiller à ce que ces enfants ne soient pas effacés une seconde fois.

 

Un appel au souvenir

 

Le 25 septembre, lorsque j’ai parlé de ma famille, j’ai pensé à ces 4 000 enfants dont la vie a été écourtée. Ils ne peuvent pas parler pour eux-mêmes. Nous, les vivants, devons parler pour eux. Nous leur devons la vérité.


L’histoire des pensionnats autochtones n’est pas un sujet de débat. La vraie question est de savoir si nous aurons le courage de porter cette vérité en avant et de veiller à ce qu’aucun autre enfant autochtone ne soit perdu à des systèmes qui continuent de refuser de reconnaître leur valeur. 

 

Rien à voir ici, continuez vos affaires
Les jeunes se blessaient elles-mêmes
Nous avons essayé de les sauver
C’est leur faute, toujours leur faute
Si seulement ils faisaient ce qu’on leur dit 


https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2195920/pensionnats-autochtones-deni-verite-negation

Wednesday, 17 September 2025

What falling birth rates mean for Indigenous peoples in Canada

Elon Musk warns of “population collapse.” Taking the very long view, he is not wrong: if humanity stopped having children, one day there would be none of us left. But on the timelines most of us live in, the lives of this generation and the next, the question is less apocalyptic and more intimate: what kind of future are we preparing for our children, and will our peoples still recognize ourselves in it?


For Indigenous peoples in Canada, the story of population has never been abstract. We were once spoken of in the past tense. Yet in spite of everything, we are still here, and not by accident. Families, aunties, kokums and moshums, communities and ceremonies protected life. As Jody Wilson-Raybould once told me in Parliament, after hearing how many children I had: “You are blessed.” For years, I had heard the opposite, that children are a burden, a career problem, “too many.” But anyone who has ever been on the powwow trail with toddlers knows the truth: children can be difficult, hilarious, generous, exhausting, and they are the reason we keep going.

In our teachings, the Eastern direction is where the sun rises and where the children come from, the first light of a new day. Children are not an afterthought to policy; they are the policy. We begin our prayers with them because they are the future.

The numbers: Canada is at a record low

Canada’s total fertility rate, the average number of children per woman, hit 1.33 in 2022, the lowest on record (replacement is about 2.1). In 2023 it fell again. At the same time, nearly all of Canada’s population growth came from international migration: 97.6% in 2023, with natural increase contributing just 2.4%. Ottawa plans to admit 485,000 new permanent residents in 2024 and half a million in both 2025 and 2026.

These facts sit uneasily together: fewer babies, more newcomers. It is a recipe for rapid demographic change, especially in cities where most Indigenous people now live.

Indigenous fertility: convergence with the rest of Canada

A recent peer-reviewed analysis shows Indigenous fertility has fallen below replacement and is converging with non-Indigenous levels. The Indigenous fertility rate hovered around replacement in 2001–2011, slipped to 1.82 in 2016 and 1.54 in 2021. Within that average, Inuit remain above replacement (about 2.6 in 2021), Status First Nations fell to 1.8, while Métis and non-status First Nations stayed well below replacement (around 1.2).

The gap with non-Indigenous Canadians has narrowed to almost nothing. The direction is unmistakable: Indigenous birth rates are falling.

Will we disappear?

Some fear that low fertility plus high immigration means Indigenous peoples will fade into a footnote. I do not accept that. Existence is not arithmetic; it is governance, land, language, culture and law. Our survival never depended only on birth rates. If it had, the last century might have ended us. We are still here because we insisted on being ourselves, raising children in the circle of kinship, ceremony and responsibility.

Still, low fertility has consequences. We should plan for them, our way, on our terms.

A word about blessings

There is a reason Elders smile when a baby crawls into the circle. Children are the living argument for hope. They are not “monsters.” They are teachers of patience, humility and love. They turn strangers into aunties. They remind leaders why budgets exist. They dance us forward.

Too often, when Indigenous families welcome children, the reaction from outside is cynical: “another mouth to feed,” or worse, “another government file to open.” Instead of suspicion, let us celebrate Indigenous families. Let us help them, not take their children away. Let us remember that every child is a blessing, and every family that raises them in love and culture is a success story.

For generations, governments sought to control our children in order to control our future. Residential schools, the Sixties Scoop, child welfare policies—all were designed to break our nations by breaking our families. But our children are still here, and they remain our future. Protecting and raising them in our ways is how we shape who we are and who we will become.

Canada’s fertility is at record lows. Immigration is at record highs. Indigenous birth rates, except among Inuit, now sit below replacement. Those are the facts. The question is not whether we can “out-breed” change. It is whether we will out-love and out-govern it, making this country and our communities places where raising a child is once again understood as a blessing.

When we pray in the morning, we face East to greet the sun and to honour the children. The day is new. So is the future. And we are still here.

https://www.demographic-research.org/articles/volume/53/6/


1960s–1970s: TFRs for First Nations women were very high, often above 6 children per woman in the 1960s. 

By the 1970s, fertility had already begun to decline significantly (part of the global fertility transition), but remained well above the Canadian average. 

For example, Ram (2004) estimated Aboriginal fertility around 6.8 in 1966–1971, declining to 4.0 by 1976–1981

1980s–1990s: Continued decline, but still relatively high compared to non-Indigenous women. 

By 1996–2001, First Nations women’s TFR was around 2.9, compared with 1.5–1.6 for non-Indigenous women

2000s–2010s: 

2001: Status Indian TFR = 2.45 

2006: 2.39 

2011: 2.55 

2016: 2.11 

2021: 1.82 (below replacement)