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Friday, 27 March 2026

We won the right to speak Indigenous languages in Parliament. Too few leaders use it/Langues autochtones au Parlement : le droit de parler ne suffit plus, il faut oser

We won the right to speak Indigenous languages in Parliament. Too few leaders use it

March 31 is National Indigenous Languages Day in Canada. It should be more than a day of celebration. It should also be a day of discomfort. We have won important victories for Indigenous languages in this country, but too often we do not use them with the courage and regularity those victories demand.

While I was a Member of Parliament from 2015 to 2019, I saw real change. Parliament passed Bill C-91, the Indigenous Languages Act. The House of Commons also made space for Indigenous languages to be interpreted and heard in the Chamber. Conservatives, the Bloc, the NDP, the Green Party and Liberals all agreed to that opening. It was not symbolic. It meant Indigenous languages belonged in the centre of Canadian democracy, not only at its edges.


And yet here is the uncomfortable truth: the service exists, but it is rarely used.

That should trouble Indigenous leaders, especially Indigenous MPs. If you have the right to rise in the House of Commons and speak your language, then you should use it whenever you can. Even if it is only a greeting. Even if it is one sentence. Even if your fluency is imperfect. Use it.

Because language is only alive if it is spoken.

Too often, we settle for the symbol. We pass legislation. We celebrate a commemorative day. We announce funding. We tell ourselves progress has been made. But our youth are asking for something more. At the Assembly of First Nations’ 2024 youth languages and learning forum, young people called for immersion, land-based learning, stronger roles for Elders, more First Nations teachers and real community engagement in language revitalization. They do not want language admired from a distance. They want it lived.

The latest Statistics Canada numbers show progress, but also limits. In 2023–24, nearly 72,000 students were enrolled in Indigenous language programs in public elementary and secondary schools across Canada. That is up from just over 46,000 in 2006–07. Those gains matter. But school programs alone will not save a language if children do not hear adults using it in public life, in leadership and in everyday conversation.

In Cree, we understand that some things are animate and some are inanimate. Some things carry spirit. Language is animate. It lives. But it only lives if we give it breath. A language kept on paper, or used once a year in a ceremonial acknowledgment, begins to lose force. A language spoken in the House of Commons, at the kitchen table, on the phone, in the school hallway and at the front door gains spirit.

This work does not belong only to government. Governments do have obligations. Canada spent generations trying to suppress Indigenous languages through residential schools and other colonial systems. It must help repair that damage. But no government can speak a language back to life for us. That task belongs to Indigenous peoples too, and especially to our leaders. The law can open the door. We still have to walk through it. That includes the AFN who should be translating our languages when holding major meetings.

So say hello in your language. Ask about the weather. Tell someone you are doing well. Say that it is raining. Welcome someone into your home. Ask them to come in. Ask them to sit. These are small acts, but small acts teach children that the language belongs to modern life.

And Indigenous MPs should understand this better than anyone. When they stand in the House and choose not to use the language, even when interpretation is available, they miss a chance to lead. They may think they are avoiding embarrassment. They may think their language is not strong enough. But our children do not need perfection. They need courage. They need to hear leaders try.

If we do not use our languages when we have the chance, why should the next generation believe they matter? If our leaders do not speak them in the very places where we fought to have them heard, then what exactly are we preserving?

Use the language. Use it imperfectly if you must. Use it a little if that is all you have. But use it. Because a language is not kept alive by being praised.

It is kept alive by being spoken.


// Francais //

Nous avons obtenu le droit de parler les langues autochtones au Parlement. Trop peu de leaders s’en servent

 

Le 31 mars est la Journée nationale des langues autochtones au Canada. Cette journée devrait être plus qu’un moment de célébration. Elle devrait aussi être un moment d’inconfort. Nous avons remporté d’importantes victoires pour les langues autochtones dans ce pays, mais trop souvent nous ne les utilisons pas avec le courage et la régularité que ces victoires exigent.

 

Pendant que j’étais député à la Chambre des communes, de 2015 à 2019, j’ai vu de véritables changements. Le Parlement a adopté le projet de loi C-91, la Loi sur les langues autochtones. La Chambre des communes a aussi fait une place pour que les langues autochtones puissent être interprétées et entendues dans l’enceinte parlementaire. Les conservateurs, le Bloc, le NPD, le Parti vert et les libéraux ont tous accepté cette ouverture. Ce n’était pas symbolique. Cela signifiait que les langues autochtones avaient leur place au cœur de la démocratie canadienne, et non seulement à sa périphérie.

 

Et pourtant, voici la vérité inconfortable : le service existe, mais il est rarement utilisé.

Cela devrait inquiéter les leaders autochtones, en particulier les députés autochtones. Si vous avez le droit de vous lever à la Chambre des communes et de parler votre langue, alors vous devriez le faire chaque fois que vous le pouvez. Même si ce n’est qu’une salutation. Même si ce n’est qu’une phrase. Même si votre maîtrise est imparfaite. Utilisez-la.

 

Car une langue n’est vivante que si elle est parlée.

 

Trop souvent, nous nous contentons du symbole. Nous adoptons une loi. Nous soulignons une journée commémorative. Nous annonçons du financement. Nous nous disons que le progrès est là. Mais nos jeunes demandent davantage. Lors du Forum des jeunes sur les langues et l’apprentissage de l’Assemblée des Premières Nations en 2024, ils ont réclamé davantage d’immersion, d’apprentissage sur le territoire, un rôle accru pour les Aînés, plus d’enseignants issus des Premières Nations et une véritable participation des communautés à la revitalisation linguistique. Ils ne veulent pas d’une langue admirée de loin. Ils veulent une langue vécue.

 

Les plus récentes données de Statistique Canada montrent des progrès, mais aussi des limites. En 2023-2024, près de 72 000 élèves étaient inscrits à des programmes de langues autochtones dans les écoles publiques primaires et secondaires du Canada. C’est une hausse par rapport à un peu plus de 46 000 en 2006-2007. Ces gains sont importants. Mais les programmes scolaires à eux seuls ne sauveront pas une langue si les enfants n’entendent pas les adultes l’utiliser dans la vie publique, dans le leadership et dans la conversation quotidienne.

 

En cri, nous comprenons que certaines choses sont animées et que d’autres sont inanimées. Certaines choses portent un esprit. La langue est animée. Elle vit. Mais elle ne vit que si nous lui donnons notre souffle. Une langue conservée sur papier, ou utilisée une fois par année dans une reconnaissance protocolaire, commence à perdre de sa force. Une langue parlée à la Chambre des communes, à la table de cuisine, au téléphone, dans les corridors de l’école et à la porte de la maison gagne en esprit.

 

Ce travail ne relève pas uniquement du gouvernement. Les gouvernements ont bel et bien des obligations. Le Canada a passé des générations à tenter de supprimer les langues autochtones par les pensionnats et d’autres systèmes coloniaux. Il doit contribuer à réparer ces torts. Mais aucun gouvernement ne peut redonner vie à une langue à notre place. Cette tâche revient aussi aux peuples autochtones eux-mêmes, et en particulier à nos leaders. La loi peut ouvrir la porte. 

 

Encore faut-il que nous la franchissions. Cela inclut aussi l’Assemblée des Premières Nations, qui devrait offrir des services de traduction dans nos langues lors de ses grandes rencontres.

Alors, dites bonjour dans votre langue. Parlez du temps qu’il fait. Dites à quelqu’un que vous allez bien. Dites qu’il pleut. Accueillez quelqu’un chez vous. Invitez-le à entrer. Demandez-lui de s’asseoir. Ce sont de petits gestes, mais ce sont justement ces petits gestes qui apprennent aux enfants que la langue appartient à la vie moderne.

 

Et les députés autochtones devraient comprendre cela mieux que quiconque. Lorsqu’ils se lèvent à la Chambre et choisissent de ne pas utiliser leur langue, même lorsque l’interprétation est disponible, ils manquent une occasion de faire preuve de leadership. Ils pensent peut-être éviter l’embarras. Ils pensent peut-être que leur langue n’est pas assez forte. Mais nos enfants n’ont pas besoin de perfection. Ils ont besoin de courage. Ils ont besoin d’entendre leurs leaders essayer.

 

Si nous n’utilisons pas nos langues lorsque nous en avons la possibilité, pourquoi la prochaine génération croirait-elle qu’elles comptent? Si nos leaders ne les parlent pas précisément dans les lieux où nous avons lutté pour qu’elles soient entendues, alors qu’est-ce que nous cherchons exactement à préserver?

 

Utilisez la langue. Utilisez-la imparfaitement s’il le faut. Utilisez-en un peu, si c’est tout ce que vous avez. Mais utilisez-la. Car une langue ne reste pas vivante parce qu’on en fait l’éloge.

 

Elle reste vivante parce qu’on la parle.

 

Les députés parlent, mais en silence.
Ils ont du son, mais sans résonance.
Nos enfants entendent, sans toujours comprendre.
Il faut rendre à la langue le souffle de vie.

 

https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/en/tv.action?pid=9810029901

https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/en/tv.action?pid=3710007801


https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2242116/langues-autochtones-droit-preservation-leaders-jeunes #autochtones #cdnpoli 

Friday, 20 March 2026

Crossing the Floor: Serving the Party or Serving the People?/Changer de parti : servir le parti ou servir le peuple?

When an MP crosses the floor, the issue is not simply that they have changed parties. The real issue is whom they are serving: the party, the government and the promise of greater influence, or the people who elected them under a different banner.

That is why crossing the floor is never a small matter.

Nunavut MP Lori Idlout has left the NDP to join the Liberal caucus, bringing Prime Minister Mark Carney’s government to 170 seats, just short of a majority in the House of Commons. The NDP has long held that if an MP changes parties, that decision should be put back to voters.

I understand why an MP might make that choice. Politics is not easy. A person can reach the limits of what they believe they can accomplish inside a party. They may feel blocked. They may feel their constituents need results, not symbolism. They may conclude that, to help their people, they need to move closer to power.


For an Indigenous MP, that pressure can be even greater. Our communities do not send us to Ottawa simply to occupy a seat. They send us there to fight for housing, language, sovereignty, fairness and recognition in a system that has too often ignored them. The temptation to move closer to power in order to deliver something tangible is real.

I can believe Lori Idlout sincerely feels that way. After years in opposition, she may have concluded that she had reached the limit of her ability to influence politics for Nunavut. She may believe she needs to try something different.

But she also has a democratic obligation to return to her citizens and ask for their approval before carrying on under a different banner.

There is a difference between following your conscience and borrowing a mandate that was never given to you. Nunavummiut did not elect a Liberal MP. If Idlout now believes the Liberal government is the best vehicle for serving Nunavut, then she should have the courage to say so directly to her constituents and seek a new mandate.

That is the clean path. That is the honourable path.

Some will argue that voters chose the person, not just the party. There is truth in that. An MP is not a machine. We are sent to Ottawa to think, to judge and to follow our conscience.

But conscience does not erase accountability. It demands it.

This matters even more on Indigenous issues. Indigenous MPs are often elected because people believe they will challenge power, not simply join it. They are expected to speak hard truths on matters such as the Indian Act, child welfare, language rights, housing and the unequal treatment Indigenous peoples still face across Canada. Once inside government caucus, that freedom can narrow. Party discipline is real. The pressure to stay quiet, stay loyal and stay useful is real.

That is why Lori Idlout’s decision carries consequences beyond a change of party label. Bill S-2, which would amend the Indian Act on status, is currently before Parliament. Her future votes will now be watched closely. Indigenous peoples have seen too many governments promise change while managing dissent. We do not need Indigenous faces used to soften government policy. We need Indigenous voices prepared to defend their people, even when that is inconvenient.

There is also the larger political reality. With the Liberals now so close to a majority, every defection carries enormous consequence. This is not just a personal decision. It reshapes Parliament itself.

Lori Idlout may well be considered for a larger role, perhaps even a northern ministerial portfolio. But that possibility only sharpens the democratic issue. Will joining government strengthen Nunavut’s voice, or fold it into the machinery of party discipline?

In politics, we must always ask whether we are here to build a political party or to serve the people who sent us. Sometimes the answer is uncomfortable. Sometimes it requires sacrifice.

If Lori Idlout believes she made the right choice, then she should trust Nunavummiut enough to let them judge it.

That is what a sacred trust requires.


// Francais //


Changer de parti : servir le parti ou servir le peuple?

Lorsqu’un député change de parti, le véritable enjeu n’est pas simplement qu’il ait changé de bannière. La vraie question est de savoir qui il sert : le parti, le gouvernement et la promesse d’une plus grande influence, ou les gens qui l’ont élu sous une autre bannière.

C’est pourquoi changer de parti n’est jamais un geste anodin.

La députée du Nunavut, Lori Idlout, a quitté le NPD pour se joindre au caucus libéral, comme l'avait fait le député inuk Peter Ittinuar en 1982, ce qui porte le gouvernement du premier ministre Mark Carney à 170 sièges, tout juste sous le seuil de la majorité à la Chambre des communes. Le NPD soutient depuis longtemps que, lorsqu’un député change de parti, cette décision devrait être soumise de nouveau aux électeurs.

Je peux comprendre pourquoi un député ferait un tel choix. La politique n’est pas simple. On peut atteindre les limites de ce qu’on croit pouvoir accomplir à l’intérieur d’un parti. On peut se sentir bloqué. On peut croire que ses électeurs ont besoin de résultats, et non seulement de symboles. On peut en venir à la conclusion que, pour aider son peuple, il faut se rapprocher du pouvoir.

Pour un député autochtone, cette pression peut être encore plus grande. Nos communautés ne nous envoient pas à Ottawa simplement pour occuper un siège. Elles nous y envoient pour défendre le logement, les langues, la souveraineté, l’équité et la reconnaissance dans un système qui les a trop souvent ignorées. La tentation de se rapprocher du pouvoir afin d’obtenir des résultats concrets est bien réelle.

Je peux croire que Idlout le ressente sincèrement. Après des années dans l’opposition, elle a peut-être conclu qu’elle avait atteint la limite de ce qu’elle pouvait accomplir politiquement pour le Nunavut. Elle croit peut-être devoir essayer autre chose.

Mais elle a aussi l’obligation démocratique de retourner vers ses citoyens et de leur demander leur approbation avant de poursuivre son mandat sous une autre bannière.

Il y a une différence entre suivre sa conscience et emprunter un mandat qui ne vous a jamais été donné. Les Nunavummiut n’ont pas élu une députée libérale. Si Idlout croit maintenant que le gouvernement libéral est le meilleur véhicule pour servir le Nunavut, alors elle devrait avoir le courage de le dire franchement à ses électeurs et de solliciter un nouveau mandat.

C’est la voie la plus nette. C’est la voie la plus honorable.

Certains diront que les électeurs ont choisi la personne, pas seulement le parti. Il y a une part de vérité là-dedans. Un député n’est pas une machine. Nous sommes envoyés à Ottawa pour réfléchir, juger et suivre notre conscience.

Mais la conscience n’efface pas l’obligation de rendre des comptes. Au contraire, elle l’exige.

Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’enjeux autochtones. Les députés autochtones sont souvent élus parce que les gens croient qu’ils vont confronter le pouvoir, et non simplement s’y rallier. On s’attend à ce qu’ils disent des vérités difficiles sur des questions comme la Loi sur les Indiens, la protection de l’enfance, les droits linguistiques, le logement et les inégalités que subissent encore les peuples autochtones partout au Canada. Une fois à l’intérieur du caucus gouvernemental, cette liberté peut se rétrécir. La discipline de parti est réelle. La pression de rester discret, loyal et utile l’est aussi.

C’est pourquoi la décision de Idlout a des conséquences qui dépassent un simple changement d’étiquette politique. Le projet de loi S-2, qui modifierait la Loi sur les Indiens en matière de statut, est actuellement devant le Parlement. Ses prochains votes seront désormais observés de près. Les peuples autochtones ont déjà vu trop de gouvernements promettre le changement tout en gérant la dissidence. Nous n’avons pas besoin de visages autochtones utilisés pour adoucir les politiques gouvernementales. Nous avons besoin de voix autochtones prêtes à défendre leur peuple, même lorsque cela dérange.

Il y a aussi une réalité politique plus large. Alors que les libéraux sont désormais si près d’une majorité, chaque défection a des conséquences énormes. Ce n’est pas seulement une décision personnelle. Cela transforme le Parlement lui-même.

Lori Idlout sera peut-être appelée à jouer un rôle plus important, peut-être même à occuper un portefeuille ministériel lié au Nord. Mais cette possibilité rend la question démocratique encore plus pressante. Son entrée au gouvernement renforcera-t-elle la voix du Nunavut, ou l’intégrera-t-elle simplement à la machine de la discipline partisane?

En politique, nous devons toujours nous demander si nous sommes là pour bâtir un parti politique ou pour servir les gens qui nous ont envoyés. Parfois, la réponse est inconfortable. Parfois, elle exige un sacrifice.

Si Lori Idlout croit avoir pris la bonne décision, alors elle devrait faire assez confiance aux Nunavummiut pour les laisser en juger.

C’est cela, le sens d’une confiance sacrée.

 

Il y a la carotte.
Il y a la promesse d’une récompense.
Mais l’avenir appartient-il à toi,
ou à nous?


https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2238515/transfuge-lori-idlout-npd-plc-autochtones