Friday, 20 March 2026

Crossing the Floor: Serving the Party or Serving the People?/Changer de parti : servir le parti ou servir le peuple?

When an MP crosses the floor, the issue is not simply that they have changed parties. The real issue is whom they are serving: the party, the government and the promise of greater influence, or the people who elected them under a different banner.

That is why crossing the floor is never a small matter.

Nunavut MP Lori Idlout has left the NDP to join the Liberal caucus, bringing Prime Minister Mark Carney’s government to 170 seats, just short of a majority in the House of Commons. The NDP has long held that if an MP changes parties, that decision should be put back to voters.

I understand why an MP might make that choice. Politics is not easy. A person can reach the limits of what they believe they can accomplish inside a party. They may feel blocked. They may feel their constituents need results, not symbolism. They may conclude that, to help their people, they need to move closer to power.


For an Indigenous MP, that pressure can be even greater. Our communities do not send us to Ottawa simply to occupy a seat. They send us there to fight for housing, language, sovereignty, fairness and recognition in a system that has too often ignored them. The temptation to move closer to power in order to deliver something tangible is real.

I can believe Lori Idlout sincerely feels that way. After years in opposition, she may have concluded that she had reached the limit of her ability to influence politics for Nunavut. She may believe she needs to try something different.

But she also has a democratic obligation to return to her citizens and ask for their approval before carrying on under a different banner.

There is a difference between following your conscience and borrowing a mandate that was never given to you. Nunavummiut did not elect a Liberal MP. If Idlout now believes the Liberal government is the best vehicle for serving Nunavut, then she should have the courage to say so directly to her constituents and seek a new mandate.

That is the clean path. That is the honourable path.

Some will argue that voters chose the person, not just the party. There is truth in that. An MP is not a machine. We are sent to Ottawa to think, to judge and to follow our conscience.

But conscience does not erase accountability. It demands it.

This matters even more on Indigenous issues. Indigenous MPs are often elected because people believe they will challenge power, not simply join it. They are expected to speak hard truths on matters such as the Indian Act, child welfare, language rights, housing and the unequal treatment Indigenous peoples still face across Canada. Once inside government caucus, that freedom can narrow. Party discipline is real. The pressure to stay quiet, stay loyal and stay useful is real.

That is why Lori Idlout’s decision carries consequences beyond a change of party label. Bill S-2, which would amend the Indian Act on status, is currently before Parliament. Her future votes will now be watched closely. Indigenous peoples have seen too many governments promise change while managing dissent. We do not need Indigenous faces used to soften government policy. We need Indigenous voices prepared to defend their people, even when that is inconvenient.

There is also the larger political reality. With the Liberals now so close to a majority, every defection carries enormous consequence. This is not just a personal decision. It reshapes Parliament itself.

Lori Idlout may well be considered for a larger role, perhaps even a northern ministerial portfolio. But that possibility only sharpens the democratic issue. Will joining government strengthen Nunavut’s voice, or fold it into the machinery of party discipline?

In politics, we must always ask whether we are here to build a political party or to serve the people who sent us. Sometimes the answer is uncomfortable. Sometimes it requires sacrifice.

If Lori Idlout believes she made the right choice, then she should trust Nunavummiut enough to let them judge it.

That is what a sacred trust requires.


// Francais //


Changer de parti : servir le parti ou servir le peuple?

Lorsqu’un député change de parti, le véritable enjeu n’est pas simplement qu’il ait changé de bannière. La vraie question est de savoir qui il sert : le parti, le gouvernement et la promesse d’une plus grande influence, ou les gens qui l’ont élu sous une autre bannière.

C’est pourquoi changer de parti n’est jamais un geste anodin.

La députée du Nunavut, Lori Idlout, a quitté le NPD pour se joindre au caucus libéral, comme l'avait fait le député inuk Peter Ittinuar en 1982, ce qui porte le gouvernement du premier ministre Mark Carney à 170 sièges, tout juste sous le seuil de la majorité à la Chambre des communes. Le NPD soutient depuis longtemps que, lorsqu’un député change de parti, cette décision devrait être soumise de nouveau aux électeurs.

Je peux comprendre pourquoi un député ferait un tel choix. La politique n’est pas simple. On peut atteindre les limites de ce qu’on croit pouvoir accomplir à l’intérieur d’un parti. On peut se sentir bloqué. On peut croire que ses électeurs ont besoin de résultats, et non seulement de symboles. On peut en venir à la conclusion que, pour aider son peuple, il faut se rapprocher du pouvoir.

Pour un député autochtone, cette pression peut être encore plus grande. Nos communautés ne nous envoient pas à Ottawa simplement pour occuper un siège. Elles nous y envoient pour défendre le logement, les langues, la souveraineté, l’équité et la reconnaissance dans un système qui les a trop souvent ignorées. La tentation de se rapprocher du pouvoir afin d’obtenir des résultats concrets est bien réelle.

Je peux croire que Idlout le ressente sincèrement. Après des années dans l’opposition, elle a peut-être conclu qu’elle avait atteint la limite de ce qu’elle pouvait accomplir politiquement pour le Nunavut. Elle croit peut-être devoir essayer autre chose.

Mais elle a aussi l’obligation démocratique de retourner vers ses citoyens et de leur demander leur approbation avant de poursuivre son mandat sous une autre bannière.

Il y a une différence entre suivre sa conscience et emprunter un mandat qui ne vous a jamais été donné. Les Nunavummiut n’ont pas élu une députée libérale. Si Idlout croit maintenant que le gouvernement libéral est le meilleur véhicule pour servir le Nunavut, alors elle devrait avoir le courage de le dire franchement à ses électeurs et de solliciter un nouveau mandat.

C’est la voie la plus nette. C’est la voie la plus honorable.

Certains diront que les électeurs ont choisi la personne, pas seulement le parti. Il y a une part de vérité là-dedans. Un député n’est pas une machine. Nous sommes envoyés à Ottawa pour réfléchir, juger et suivre notre conscience.

Mais la conscience n’efface pas l’obligation de rendre des comptes. Au contraire, elle l’exige.

Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’enjeux autochtones. Les députés autochtones sont souvent élus parce que les gens croient qu’ils vont confronter le pouvoir, et non simplement s’y rallier. On s’attend à ce qu’ils disent des vérités difficiles sur des questions comme la Loi sur les Indiens, la protection de l’enfance, les droits linguistiques, le logement et les inégalités que subissent encore les peuples autochtones partout au Canada. Une fois à l’intérieur du caucus gouvernemental, cette liberté peut se rétrécir. La discipline de parti est réelle. La pression de rester discret, loyal et utile l’est aussi.

C’est pourquoi la décision de Idlout a des conséquences qui dépassent un simple changement d’étiquette politique. Le projet de loi S-2, qui modifierait la Loi sur les Indiens en matière de statut, est actuellement devant le Parlement. Ses prochains votes seront désormais observés de près. Les peuples autochtones ont déjà vu trop de gouvernements promettre le changement tout en gérant la dissidence. Nous n’avons pas besoin de visages autochtones utilisés pour adoucir les politiques gouvernementales. Nous avons besoin de voix autochtones prêtes à défendre leur peuple, même lorsque cela dérange.

Il y a aussi une réalité politique plus large. Alors que les libéraux sont désormais si près d’une majorité, chaque défection a des conséquences énormes. Ce n’est pas seulement une décision personnelle. Cela transforme le Parlement lui-même.

Lori Idlout sera peut-être appelée à jouer un rôle plus important, peut-être même à occuper un portefeuille ministériel lié au Nord. Mais cette possibilité rend la question démocratique encore plus pressante. Son entrée au gouvernement renforcera-t-elle la voix du Nunavut, ou l’intégrera-t-elle simplement à la machine de la discipline partisane?

En politique, nous devons toujours nous demander si nous sommes là pour bâtir un parti politique ou pour servir les gens qui nous ont envoyés. Parfois, la réponse est inconfortable. Parfois, elle exige un sacrifice.

Si Lori Idlout croit avoir pris la bonne décision, alors elle devrait faire assez confiance aux Nunavummiut pour les laisser en juger.

C’est cela, le sens d’une confiance sacrée.

 

Il y a la carotte.
Il y a la promesse d’une récompense.
Mais l’avenir appartient-il à toi,
ou à nous?


https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/2238515/transfuge-lori-idlout-npd-plc-autochtones 

When “honest belief” becomes enough, Indigenous peoples lose twice/Quand la « croyance sincère » suffit, les peuples autochtones perdent deux fois

When “honest belief” becomes enough, Indigenous peoples lose twice

Across Canada, many non-Indigenous people are claiming an Indigenous identity they do not have. They get jobs, scholarships, credibility and authority from those claims. Now, this court ruling suggests that if they say they believed it sincerely, criticizing them can become very expensive.

The recent Saskatchewan defamation ruling in favour of University of Regina professor Michelle Coupal should concern First Nations and Métis peoples across Canada. On March 11, Justice Daryl E. Labach ruled that comments by University of Ottawa professor Darryl Leroux were defamatory and awarded Coupal $70,000 in damages. The judge found that Coupal “was not dishonest in her belief, and she was not a pretendian.” 

That may answer a question in defamation law. It does not answer the larger Indigenous question. Indigenous identity is not only about what a person believes in private. It is about kinship, community, accountability and recognition by a people. When courts focus narrowly on whether someone acted in subjective good faith, they risk missing the deeper harm done when institutions elevate contested identity claims into positions of authority. 


I have met Darryl Leroux at the University of Ottawa. He is doing work that many others have refused to do. For years, he has examined weak, inflated and false claims to Indigenous identity by people in public life. That work matters because there can be real material benefit attached to such claims: jobs, scholarships, grants, public credibility, publishing opportunities and academic prestige. This is why so many Indigenous people are paying attention. The issue is not abstract. It is about who gets access to limited space and who is pushed aside. 

This is why the Coupal case matters so much. Coupal held a powerful public role and biographies identified her as “Bonnechere Algonquin First Nation,” including on the University of Manitoba Press website, which described her as Canada Research Chair in Truth, Reconciliation, and Indigenous Literatures and Associate Professor at the University of Regina. That kind of biography signals to readers, students and institutions that an Indigenous people stands behind the claim. 

But the foundation under that public identity became seriously contested. As reported in coverage of the case, the dispute turned in part on ancestry linked to Thomas Lagarde. In 2023, the Algonquins of Ontario tribunal removed Lagarde from the organization’s ancestor list after concluding there was no reliable evidence he was Algonquin. The Algonquins of Ontario is itself contested in the broader struggle over Algonquin identity, recognition and authority.

This ruling is so unsettling. Someone could say they believed they were Indigenous, or thought they might be, and still occupy a position that could have gone to an Indigenous person whose identity is rooted in family, nation and community recognition. The legal finding may be that the claimant acted “sincerely.” The public consequence is that the benefit was still received, the authority was still exercised, and the space was still occupied. Indigenous peoples are left to deal with the consequences. 

There is also a painful irony here. This was not a chair in geology or English grammar. It was a chair in Truth, Reconciliation, and Indigenous Literatures. Truth should matter here. Honour should matter here. In my view, if the claim that supported that authority is now so deeply compromised, resignation should be seriously considered. Not because the court found fraud; it did not. But because leadership in Indigenous academic spaces demands more than private sincerity. It demands public trust and accountability. 

Justice Labach was appointed as a judge in 2015 by the federal Conservative government, under then justice minister Peter MacKay. That fact does not prove why he ruled as he did. But this ruling has a broader effect: it weakens First Nations and Métis peoples across Canada by making scrutiny of contested identity claims more legally dangerous, and by signalling that sincere personal belief may carry more weight than nation-based recognition. 

First Nations and Métis peoples should be very concerned. They should also become actively involved in the next round of this case. Leroux’s lawyer has said he intends to appeal. If that happens, Indigenous interveners should be there. This should not be left only to judges, lawyers and universities. Indigenous peoples have a direct interest in how Canadian law treats identity, community harm and public criticism. 

If “honest belief” is enough, then Indigenous peoples lose twice: first when space is taken, and again when speaking about that loss becomes financially dangerous. 


//Francais//


Quand la « croyance sincère » suffit, les peuples autochtones perdent deux fois

 

Le récent jugement en diffamation rendu en Saskatchewan en faveur de la professeure de l’Université de Regina, Michelle Coupal, devrait inquiéter les Premières Nations et les Métis partout au Canada. Le 11 mars, le juge Daryl E. Labach a conclu que les propos du professeur de l’Université d’Ottawa Darryl Leroux étaient diffamatoires et a accordé à Michelle Coupal 70 000 $ en dommages. Le juge a estimé que Michelle Coupal « n’était pas malhonnête dans sa croyance et qu’elle n’était pas une “pretendian”. »

 

Cela répond peut-être à une question de droit. Mais cela ne répond pas à la vraie question autochtone. L’identité autochtone ne dépend pas seulement de ce qu’une personne croit en privé. Elle repose sur la famille, la communauté, la responsabilité et la reconnaissance par un peuple. Si les tribunaux regardent seulement la sincérité d’une personne, ils risquent de manquer l’essentiel : le tort causé quand des institutions donnent du pouvoir à une identité contestée.

 

J’ai rencontré Darryl Leroux à l’Université d’Ottawa. Il fait un travail que bien d’autres ont refusé de faire. Depuis des années, il examine des revendications faibles, exagérées ou fausses à l’identité autochtone chez des gens en vue dans la vie publique. Ce travail compte, parce qu’une telle identité peut donner accès à de vrais avantages : des emplois, des bourses, des subventions, de la crédibilité, la politique, des publications et du prestige universitaire. Voilà pourquoi tant d’Autochtones suivent cette affaire de près. L’enjeu est simple : qui a accès à des places limitées, et qui est laissé de côté?

 

C’est pourquoi l’affaire Coupal est si importante. Michelle Coupal occupait un poste important, et plusieurs biographies la présentaient comme membre de la « Bonnechere Algonquin First Nation », y compris sur le site des Presses de l’Université du Manitoba. Ce n’est pas une simple réflexion privée sur l’histoire familiale. C’est une affirmation publique. Cela envoie le message aux lecteurs, aux étudiants et aux institutions qu’un peuple autochtone reconnaît cette identité.

 

Mais la base de cette identité publique a ensuite été fortement contestée. Comme l’ont rapporté les médias, le litige portait en partie sur une ascendance liée à Thomas Lagarde. En 2023, le tribunal des Algonquins of Ontario a retiré Lagarde de la liste des ancêtres de l’organisation après avoir conclu qu’il n’existait aucune preuve fiable qu’il était algonquin. Les Algonquins of Ontario eux-mêmes sont contestés dans le débat plus large sur l’identité, la reconnaissance et l’autorité algonquines.

 

C’est ce qui rend ce jugement si troublant. Une personne pourrait dire qu’elle croyait être autochtone, ou qu’elle pensait l’être, et quand même occuper un poste qui aurait pu revenir à une véritable personne autochtone, reconnue par sa famille, sa nation et sa communauté. Sur le plan juridique, on dira peut-être que cette personne était « sincère. » Mais dans la réalité, l’avantage a quand même été obtenu, le poste a quand même été occupé, et l’espace a quand même été pris. Ce sont ensuite les peuples autochtones qui doivent vivre avec les conséquences.

 

Il y a aussi une ironie douloureuse. Il ne s’agissait pas d’une chaire en géologie ou en grammaire anglaise. Il s’agissait d’une chaire en vérité, réconciliation et littératures autochtones. La vérité devrait compter ici. L’honneur devrait compter ici. À mon avis, si la revendication qui soutenait cette autorité est aujourd’hui aussi fragilisée, la démission devrait être sérieusement envisagée. Non pas parce que le tribunal a conclu à une fraude — ce n’est pas le cas. Mais parce qu’occuper un rôle de leadership dans les espaces universitaires autochtones demande plus qu’une sincérité privée. Cela demande la confiance du public et une véritable responsabilité.

 

Le juge Labach a été nommé en 2015 par le gouvernement conservateur fédéral, sous le ministre de la Justice de l’époque, Peter MacKay. Cela ne prouve pas pourquoi il a rendu cette décision. Mais ce jugement a un effet beaucoup plus large. Il affaiblit les Premières Nations et les Métis partout au Canada en rendant la critique de revendications identitaires contestées plus dangereuse sur le plan juridique. Il laisse aussi entendre qu’une croyance personnelle sincère peut compter davantage que la reconnaissance par une nation.

 

Les Premières Nations et les Métis devraient être très inquiets. Ils devraient aussi s’impliquer dans la suite de cette affaire. L’avocat de Darryl Leroux a dit qu’il comptait porter la cause en appel. Si cela arrive, des intervenants autochtones devraient être présents. Cette affaire ne devrait pas être laissée seulement aux juges, aux avocats et aux universités. Les peuples autochtones ont un intérêt direct dans la façon dont le droit canadien traite l’identité, le tort causé aux communautés et la critique publique.

 

Si la « croyance sincère » suffit, alors les peuples autochtones perdent deux fois : d’abord quand l’espace leur est pris, puis quand le fait de dénoncer cette perte devient financièrement dangereux.

 

Un juge mennonite, deux voix francophones,
Ni Métis, ni Premières Nations pour dire la vérité.
On parle de nos peuples sans nous, encore,
Et nos enfants porteront longtemps ce tort.